La dyslexie est souvent perçue sous le prisme des difficultés scolaires, notamment en lecture et en écriture. Pourtant, une fois sorti du cadre académique strict, ce trouble spécifique des apprentissages révèle souvent des compétences cognitives singulières très recherchées dans le monde du travail. Construire un projet professionnel lorsque l'on est dyslexique ne consiste pas seulement à contourner des obstacles, mais à identifier et capitaliser sur des forces telles que la créativité, la pensée en trois dimensions et une forte capacité de résilience. Cet article explore comment transformer ces particularités en leviers de réussite pour l'avenir.
Définition : Le projet professionnel adapté
Un projet professionnel se définit comme l'élaboration d'une trajectoire de carrière, incluant le choix des études, des stages et des premiers emplois, en cohérence avec les aspirations, les compétences et la réalité du marché du travail. Dans le contexte de la dyslexie, construire ce projet demande une étape supplémentaire : la prise en compte du fonctionnement cognitif spécifique de l'individu.
Il ne s'agit pas de se fermer des portes, mais d'aligner ses ambitions avec son mode opératoire naturel. Un projet professionnel adapté intègre donc les stratégies de compensation mises en place durant la scolarité et valorise les aptitudes non-verbales qui sont souvent surdéveloppées chez les personnes dyslexiques.
Identifier et valoriser les "Soft Skills" liés à la dyslexie
Les neurosciences et la psychologie du travail mettent de plus en plus en avant les atouts associés aux profils neuroatypiques. Pour un jeune dyslexique, la première étape est de reconnaître ces talents pour les placer au cœur de son orientation.
La pensée visuelle et globale
Contrairement à la pensée linéaire et séquentielle favorisée par l'école traditionnelle, de nombreux dyslexiques excellent dans la pensée holistique. Ils ont la capacité de voir une situation dans son ensemble, de visualiser des objets en trois dimensions et de connecter des idées apparemment éloignées. C'est pourquoi il est pertinent, lors de la construction de son parcours, de choisir les bonnes filières et métiers qui requièrent cette vision globale, comme l'architecture, le design, l'ingénierie ou la stratégie d'entreprise.
La résilience et l'adaptabilité
Avoir dû fournir des efforts supplémentaires pour acquérir la lecture et l'écriture forge le caractère. Cette persévérance face à l'adversité se traduit professionnellement par une grande résilience et une capacité à trouver des solutions créatives pour contourner les problèmes. Ces compétences transversales, ou "soft skills", sont extrêmement valorisées par les recruteurs.
Stratégies concrètes pour l'orientation
Une fois les forces identifiées, la mise en œuvre du projet professionnel nécessite une approche pragmatique pour naviguer dans le système éducatif et professionnel.
Cibler les environnements favorables
L'environnement de travail ou d'étude joue un rôle crucial. Il est judicieux d'explorer et de se diriger vers des domaines valorisant la communication orale, visuelle ou manuelle. Ces secteurs permettent souvent à l'individu de s'exprimer pleinement sans être constamment freiné par la barrière de l'écrit formel. Les métiers de l'artisanat, de la communication audiovisuelle, ou encore du développement informatique sont des exemples où le résultat concret prime souvent sur le formalisme académique.
Anticiper les besoins académiques
La réussite du projet passe souvent par l'obtention de diplômes. Pour cela, il est impératif de sécuriser son parcours scolaire. Cela implique de bien préparer ses échéances et de connaître les droits et démarches concernant les aménagements aux examens. Le temps supplémentaire (tiers temps) ou l'utilisation d'ordinateurs ne sont pas des faveurs, mais des outils d'équité garantis par la loi pour permettre aux talents de s'exprimer sans le filtre du trouble.
Aller plus loin : Comprendre son mode de fonctionnement unique
Si l'identification des forces générales de la dyslexie est un bon point de départ, chaque jeune possède une combinaison unique de talents et de motivations. Il est parfois difficile, seul ou avec l'aide de ses proches, de distinguer ce qui relève de l'effort d'adaptation de ce qui constitue sa véritable "zone de génie".
C'est dans cette optique que le Bilan d'Orientation basé sur la méthode MO2I (Mode Opératoire Identitaire et Itératif) prend tout son sens. Contrairement aux tests classiques qui évaluent souvent des compétences scolaires (pouvant mettre le jeune dyslexique en difficulté), cette approche vise à identifier l'excellence naturelle : là où le jeune est performant sans effort et avec plaisir.
Réaliser un bilan d'orientation permet de dépasser l'étiquette de la dyslexie pour découvrir sa singularité. L'objectif est de construire un projet professionnel sur mesure, qui ne cherche pas seulement à compenser des lacunes, mais à propulser le jeune vers des voies où son fonctionnement cognitif devient son plus grand avantage concurrentiel.