L'orientation scolaire et professionnelle est rarement un chemin que l'on parcourt seul. Tout au long de ce processus, parents, amis, professeurs et membres de la famille élargie partagent leurs opinions, leurs expériences et leurs recommandations. Bien que ces interventions partent généralement d'une bonne intention, elles ne sont pas toujours objectives. En effet, la perception de l'entourage est souvent filtrée par des mécanismes psychologiques inconscients. Savoir repérer ces distorsions est une compétence indispensable pour prendre du recul et s'inscrit dans une démarche globale pour analyser les feedbacks sur son orientation pour mieux décider de son avenir.
Qu'est-ce qu'un biais cognitif dans le contexte de l'orientation ?
Pour comprendre pourquoi les conseils de nos proches ne sont pas toujours alignés avec notre réalité, il faut d'abord définir ce qu'est un biais cognitif. En psychologie, ce terme désigne une déviation dans le traitement mental de l'information. Le cerveau, pour traiter la masse de données qu'il reçoit, utilise des raccourcis de pensée qui peuvent mener à des jugements irrationnels ou déformés.
Dans le cadre de l'orientation, ces biais signifient que le conseil donné par un parent ou un proche parle souvent plus de lui-même, de ses peurs ou de sa vision du monde, que du jeune qu'il tente d'aider. Ce n'est pas un mensonge volontaire, mais une interprétation subjective de la réalité qui peut induire l'élève en erreur s'il prend ces paroles pour des vérités absolues.
Les principaux biais rencontrés lors des discussions sur l'avenir
Il existe plusieurs types de biais qui reviennent fréquemment dans les conversations familiales ou amicales concernant les choix d'études et de carrière. Les identifier permet de désamorcer leur impact émotionnel.
Le biais de projection
C'est sans doute le plus courant chez les parents. Le biais de projection consiste à attribuer à autrui ses propres désirs, ambitions ou regrets. Par exemple, un parent qui rêvait d'être médecin mais n'a pas pu le devenir pourrait, inconsciemment, pousser son enfant vers cette voie pour vivre cette réussite par procuration. À l'inverse, une personne ayant vécu une mauvaise expérience dans un secteur artistique pourrait décourager un jeune d'y aller, projetant son propre échec sur le potentiel du jeune.
Le biais de survie et de sécurité
Le cerveau humain est programmé pour assurer la sécurité. Face à l'incertitude du marché du travail, l'entourage a tendance à privilégier les options perçues comme « sûres » (fonctionnariat, ingénierie, finance) au détriment des voies émergentes ou créatives, jugées plus risquées. Ce biais de négativité pousse les proches à surestimer les risques d'échec et à sous-estimer les opportunités de réussite dans des domaines qu'ils ne maîtrisent pas.
Le biais de confirmation
L'entourage a souvent une image préconçue de l'élève (le « matheux », le « rêveur », le « manuel »). Le biais de confirmation les pousse à ne retenir que les informations qui valident cette étiquette et à ignorer les signes de changement ou de nouvelles compétences développées par le jeune. Cela enferme l'étudiant dans une case qui ne correspond peut-être plus à son identité actuelle.
Le biais d'ancrage temporel
Les conseils des adultes sont souvent ancrés dans la réalité économique qu'ils ont connue au début de leur carrière, il y a 20 ou 30 ans. Or, le monde du travail évolue à une vitesse fulgurante. Un secteur qui était porteur dans les années 90 peut être saturé aujourd'hui, et inversement. Se baser sur des vérités obsolètes est un biais d'ancrage fréquent qui fausse la pertinence des recommandations.
Comment réagir face à ces biais ?
Prendre conscience de ces mécanismes ne signifie pas qu'il faut rejeter en bloc tout ce que dit l'entourage. Il s'agit plutôt de développer un esprit critique. Lorsque l'on reçoit un avis tranché, il est utile de se poser la question : « Ce conseil est-il basé sur des faits actuels et vérifiables, ou sur une peur/expérience personnelle de mon interlocuteur ? »
Cette distanciation psychologique est nécessaire. Elle permet de ne pas culpabiliser si l'on ne suit pas la voie tracée par ses proches. Pour affiner sa propre vision, il est ensuite pertinent de comparer les avis extérieurs avec son propre ressenti, afin de voir si une résonance existe ou si le décalage est total.
L'importance de la fact-checking
Pour contrer les biais, rien ne vaut les données objectives. Si un proche affirme qu'un métier est « bouché » ou qu'une filière ne « mène à rien », la meilleure réponse est la recherche documentaire. Consulter les statistiques d'insertion professionnelle, les fiches métiers officielles et les tendances du marché de l'emploi permet de rationaliser le débat.
En remplaçant les opinions par des faits, l'élève reprend le pouvoir sur son orientation. C'est un exercice de maturité qui consiste à écouter poliment, mais à vérifier systématiquement. C'est ainsi que l'on apprend à filtrer les conseils d'orientation pour ne garder que le constructif et bâtir un projet qui nous ressemble vraiment.