Parcoursup : un miroir des inégalités sociales ?
La période Parcoursup est souvent source de stress, pour les lycéens comme pour leurs parents. Au-delà du casse-tête des vœux, une récente note du ministère de l'Enseignement supérieur vient éclairer un phénomène profond et souvent tabou : l'orientation reste très marquée par l'origine sociale. Concrètement, les enfants de cadres sont surreprésentés dans les filières les plus prestigieuses (jusqu'à 65% en Écoles Normales Supérieures), tandis que les enfants d'ouvriers et d'employés s'orientent majoritairement vers des filières plus courtes comme les BTS (49%). Mais attention, ce constat n'est pas une fatalité ! En tant que parent, comprendre les mécanismes en jeu est la première étape pour aider votre enfant à s'autoriser l'ambition qu'il mérite.
Au-delà des notes : 4 freins invisibles à déjouer
Contrairement à une idée reçue, les résultats scolaires n'expliquent pas tout. De nombreux élèves brillants issus de milieux modestes n'osent pas candidater aux filières d'excellence. Pourquoi ? Plusieurs facteurs, souvent inconscients, entrent en jeu.
- L'autocensure, le pire ennemi de l'ambition : C'est le fameux "ce n'est pas pour moi". Nagui Bechichi, économiste de l'éducation, observe que ces jeunes "ont tendance à se dévaloriser et à douter de leur capacité". Le chiffre est parlant : parmi les très bons élèves de milieux modestes, seuls 47% osent postuler aux filières les plus sélectives, contre 74% chez leurs camarades issus de milieux favorisés.
- L'influence de l'entourage : L'effet "groupe" est puissant. Un lycéen aura tendance à calquer ses choix sur ceux de ses amis, de ses frères et sœurs ou des anciens élèves de son lycée. Comme le souligne la sociologue Agnès van Zanten, l'accompagnement est aussi très inégal : dans certains lycées, on parle de Parcoursup dès la Seconde, tandis que dans d'autres, le sujet n'est abordé qu'en Terminale, et de manière moins personnalisée.
- Le coût des études, un obstacle bien réel : Quitter le domicile familial, payer un loyer, financer les transports... Ces contraintes matérielles pèsent lourd dans la balance. Un élève d'une zone rurale pourra ainsi privilégier un BTS proche de chez lui, même si son potentiel lui ouvrirait les portes d'une classe préparatoire dans une grande ville. Ce choix "par défaut" peut malheureusement mener à une perte de motivation.
- La jungle de l'information sur le web : Se renseigner est un vrai métier ! Agnès van Zanten a montré que les élèves de milieux favorisés sont plus habiles dans leurs recherches : ils varient les mots-clés, croisent les sources et savent distinguer l'information de la publicité. Les autres peuvent se noyer dans un flot d'informations redondantes ou peu fiables.
Votre rôle de parent : 4 pistes pour ouvrir le champ des possibles
Face à ces constats, votre soutien est plus que jamais essentiel. Voici quelques pistes concrètes pour accompagner votre enfant et l'aider à bâtir un projet d'orientation qui lui ressemble vraiment, au-delà des déterminismes.
- Libérez la parole et questionnez les certitudes : Discutez ouvertement de l'autocensure. Si vous entendez votre ado dire "la prépa, c'est pour les génies" ou "cette école est trop chère", aidez-le à déconstruire ces idées. Valorisez ses compétences et rappelez-lui que son potentiel est sa première richesse.
- Élargissez ses horizons : Incitez-le à regarder au-delà des formations connues de son entourage. Profitez des journées portes ouvertes (physiques ou virtuelles), contactez des étudiants "ambassadeurs" via les sites des écoles, explorez des cursus auxquels vous n'auriez pas pensé. L'objectif est de lui montrer que de nombreuses portes sont ouvertes.
- Devenez des enquêteurs de l'orientation : Aidez votre enfant à structurer ses recherches. Apprenez-lui à utiliser des mots-clés variés sur les moteurs de recherche. Utilisez ensemble des outils fiables comme le site de l'Onisep ou des plateformes innovantes comme SupTracker, qui utilise les données publiques de Parcoursup pour évaluer les chances d'admission et découvrir des formations similaires.
- Anticipez le budget (pour le démystifier) : Le coût ne doit pas être un tabou, mais un projet à préparer. Renseignez-vous très en amont sur les bourses sur critères sociaux (CROUS), les bourses au mérite, les aides des collectivités locales, les solutions de logement étudiant... Souvent, des solutions existent et peuvent rendre un projet ambitieux tout à fait réalisable.
L'orientation est un marathon, pas un sprint. En tant que parent, votre rôle n'est pas de choisir à la place de votre enfant, mais de lui donner les outils, la confiance et l'information nécessaires pour qu'il puisse faire ses propres choix, de la manière la plus libre et éclairée possible.